En bref
• Les indicateurs sécurité ISO 45001 ne sont pas imposés par la norme : la clause 9.1.1 exige seulement de définir ce qui est mesuré, comment, à quelle fréquence et selon quels critères.
• TF1 = (accidents avec arrêt × 1 000 000) / heures travaillées. TG = (jours perdus × 1 000) / heures travaillées.
• Un dossier crédible en audit combine indicateurs réactifs (sinistralité) et indicateurs proactifs (prévention réalisée).
• Le tableau de bord SST se construit dans un tableur, sans consultant : les données sources existent déjà.
Beaucoup de PME arrivent en audit ISO 45001 avec un seul chiffre : le nombre d’accidents de l’année. C’est insuffisant, et c’est aussi une occasion manquée. Les indicateurs sécurité ISO 45001 servent d’abord à piloter la prévention, pas à remplir une case. Cet article donne les formules exactes, la distinction entre indicateurs réactifs et proactifs, une trame de tableau de bord prête à copier et la méthode pour la tenir en autonomie, sans budget conseil.
Que demande exactement la clause 9.1 de l’ISO 45001 ?
L’ISO 45001 est la norme internationale de management de la santé et de la sécurité au travail, publiée par l’ISO en 2018. Sa clause 9.1.1 impose de déterminer quatre choses : ce qui doit être surveillé et mesuré, les méthodes de surveillance et de mesure, les critères d’évaluation de la performance, et la fréquence de mesure et d’évaluation.
Aucun indicateur n’est nommé dans le texte. L’ISO indique que l’organisme choisit ses propres critères, à condition de pouvoir démontrer leur cohérence avec ses risques et ses objectifs SST. C’est précisément ce point que les auditeurs creusent : pourquoi ces indicateurs-là, et pas d’autres ?
Une conséquence pratique : un jeu d’indicateurs copié sur un modèle générique se défend mal. Un jeu construit à partir de votre DUERP se défend seul.
Indicateurs réactifs et proactifs : la distinction qui fait la différence en audit
Les indicateurs réactifs mesurent ce qui a déjà mal tourné : accidents, jours d’arrêt, maladies professionnelles. Les indicateurs proactifs mesurent les actions de prévention effectivement réalisées : visites de terrain, remontées de situations dangereuses, formations, avancement du plan d’action.
Une entreprise qui ne suit que la sinistralité pilote dans le rétroviseur. Sur un effectif de 40 personnes, une année sans accident ne prouve rien statistiquement — elle peut refléter une vraie maîtrise du risque comme une simple chance. Les indicateurs proactifs, eux, restent lisibles même sur des petits effectifs.
Comment calculer TF1, TF2, TG et l’indice de fréquence ?

Quatre indicateurs de sinistralité forment le socle attendu. Leurs définitions sont normalisées en France et alignées sur celles utilisées par l’Assurance Maladie – Risques professionnels.
| Indicateur | Formule | Ce qu’il mesure |
|---|---|---|
| TF1 (taux de fréquence des accidents avec arrêt) | (AT avec arrêt × 1 000 000) / heures travaillées | Accidents avec arrêt par million d’heures travaillées |
| TF2 (taux de fréquence global) | ((AT avec arrêt + AT sans arrêt) × 1 000 000) / heures travaillées | Sinistralité totale, y compris les soins bénins |
| TG (taux de gravité) | (jours d’arrêt × 1 000) / heures travaillées | Gravité : jours perdus par millier d’heures travaillées |
| IF (indice de fréquence) | (AT avec arrêt × 1 000) / effectif moyen | Accidents avec arrêt pour 1 000 salariés |
Exemple concret. Une PME industrielle de 45 salariés totalise 72 000 heures travaillées sur l’année, 3 accidents avec arrêt, 2 accidents sans arrêt et 41 jours d’arrêt cumulés. TF1 = 3 × 1 000 000 / 72 000 = 41,7. TF2 = 5 × 1 000 000 / 72 000 = 69,4. TG = 41 × 1 000 / 72 000 = 0,57. IF = 3 × 1 000 / 45 = 66,7.
Deux pièges classiques ruinent la comparabilité de ces chiffres. Le premier : compter les heures payées au lieu des heures réellement travaillées. Le second : changer de périmètre en cours d’année (intérimaires inclus une année, exclus l’année suivante). Écrivez le périmètre dans la fiche indicateur, et n’y touchez plus.
Comment se situer par rapport à son secteur ?
Les statistiques nationales de sinistralité sont publiées chaque année par l’Assurance Maladie – Risques professionnels, par code risque. Elles permettent de comparer votre TF1 à celui de votre activité plutôt qu’à une moyenne nationale sans signification.
Deux tendances de fond ressortent du rapport annuel 2024 de l’Assurance Maladie – Risques professionnels, publié en novembre 2025 : les accidents du travail reculent légèrement (– 1,1 %), tandis que les maladies professionnelles progressent de 6,7 %, portées notamment par les troubles musculosquelettiques et les affections psychiques. Autrement dit, une entreprise qui ne suit que ses accidents passe à côté de la dynamique la plus défavorable.
Quels indicateurs proactifs suivre concrètement ?
Cinq indicateurs d’action suffisent pour la plupart des PME et ETI. Ils ont l’avantage d’être pilotables : contrairement au TF1, ils dépendent directement de ce que l’entreprise décide de faire.
- Taux d’avancement du plan d’action DUERP : actions clôturées / actions planifiées à date. Cible réaliste : 80 % à échéance.
- Remontées de situations dangereuses : nombre de signalements par mois. Une hausse est un bon signe la première année, pas une dégradation.
- Visites sécurité terrain : nombre de visites managériales réalisées / planifiées.
- Heures de formation SST par salarié et par an, avec taux de couverture des postes à risque.
- Délai moyen de traitement d’une situation dangereuse signalée, en jours.
Ajoutez-y, si vous êtes multi-sites, le taux de réalisation des exercices de situation d’urgence exigés par la clause 8.2 de l’ISO 45001.
Comment construire le tableau de bord SST en autonomie ?
La méthode tient en six étapes, réalisables avec un tableur et les documents que vous possédez déjà.
- Partir du DUERP. Reprenez les 5 à 10 risques les plus cotés et vérifiez que chacun est couvert par au moins un indicateur. Ce lien est la justification que l’auditeur cherchera.
- Fixer les indicateurs réactifs. TF1, TF2, TG, IF, avec formules et périmètres écrits.
- Ajouter 3 à 5 indicateurs proactifs choisis dans la liste ci-dessus.
- Documenter chaque indicateur sur une fiche : définition, formule, source de données, responsable, fréquence, cible. Cette fiche est la preuve de conformité à la clause 9.1.1.
- Fixer les cibles par rapport à votre historique et aux références de votre code risque, pas à un objectif symbolique de zéro.
- Consolider trimestriellement et injecter le résultat dans les données d’entrée de la revue de direction (clause 9.3).
Checklist avant audit
- Chaque indicateur dispose d’une fiche écrite (définition, formule, source, fréquence, cible).
- Les heures travaillées sont traçables et proviennent d’une source unique.
- Le périmètre (intérimaires, sous-traitants, sites) est explicite et stable.
- Au moins trois indicateurs proactifs figurent au tableau de bord.
- Les écarts par rapport aux cibles sont commentés, pas seulement constatés.
- Le tableau de bord apparaît dans le compte rendu de la dernière revue de direction.
Ces six points sont précisément ceux que vous devez vérifier vous-même avant le passage de l’organisme : la méthode complète figure dans notre guide de l’audit interne ISO 45001 à mener seul, avec le programme d’audit, la checklist en 10 questions et le rapport type.
Cette logique est exactement celle que nous détaillons pour le volet qualité dans notre guide sur les indicateurs qualité ISO 9001 : mêmes exigences de traçabilité, périmètre différent.
Comment Intersektion vous aide
Tenir ces indicateurs dans un tableur fonctionne pour un site unique. Dès que les sites, les filiales ou les référentiels se multiplient (ISO 45001, ISO 14001, EcoVadis), la collecte devient le vrai coût. La plateforme Intersektion centralise vos données SST, environnementales et sociales, calcule automatiquement les indicateurs et conserve l’historique et les preuves opposables en audit — sans passer par un cabinet de conseil.
Vous pouvez évaluer gratuitement votre niveau de structuration avec notre diagnostic ESG gratuit, ou découvrir le fonctionnement du logiciel RSE Intersektion.
FAQ – Indicateurs sécurité ISO 45001
Quels indicateurs sécurité l’ISO 45001 rend-elle obligatoires ?
Aucun indicateur nommé. La clause 9.1.1 exige de déterminer ce qui doit être surveillé et mesuré, les méthodes, les critères de performance et la fréquence. C’est l’organisme qui choisit, à condition de justifier la pertinence de ses choix au regard de ses risques SST.
Comment calcule-t-on le taux de fréquence TF1 ?
TF1 = (nombre d’accidents du travail avec arrêt × 1 000 000) / nombre d’heures travaillées. Le TF2, ou taux de fréquence global, ajoute au numérateur les accidents sans arrêt.
Quelle différence entre taux de fréquence et indice de fréquence ?
Le taux de fréquence rapporte les accidents aux heures travaillées ; l’indice de fréquence les rapporte à l’effectif moyen (× 1 000). L’indice est plus simple à calculer sans suivi horaire, mais il ignore le temps partiel et les heures supplémentaires.
Qu’est-ce qu’un indicateur proactif en santé-sécurité au travail ?
Un indicateur qui mesure la prévention réalisée avant l’accident : avancement du plan d’action, remontées de situations dangereuses, visites de terrain, heures de formation SST. Les auditeurs attendent un équilibre entre proactifs et réactifs.
Combien coûte la mise en place d’un tableau de bord SST ?
Zéro euro pour démarrer dans un tableur : les données sources existent déjà (registre des accidents, heures travaillées, DUERP). Le coût réel est le temps de collecte, généralement 2 à 4 heures par mois. Un logiciel devient rentable au-delà de deux ou trois sites.
À quelle fréquence mettre à jour ses indicateurs SST ?
Mensuellement pour la sinistralité et le plan d’action, trimestriellement pour la consolidation en revue de direction, annuellement pour la comparaison sectorielle. La fréquence retenue doit être documentée : la clause 9.1.1 l’exige.
Ce qu’il faut retenir
Un jeu d’indicateurs sécurité ISO 45001 crédible tient en dix lignes : quatre indicateurs de sinistralité calculés proprement, quatre ou cinq indicateurs proactifs reliés au DUERP, et une fiche écrite par indicateur. Le reste est du pilotage, pas de la conformité.
Pour aller plus loin sur la démarche complète, consultez notre méthode pour obtenir la certification ISO 45001 en autonomie à faible coût, notre guide de mise à jour du DUERP comme socle de l’ISO 45001, la méthode d’audit interne ISO 45001 et, si vous visez plusieurs normes, la construction d’un système de management intégré QSE.
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Sources : ISO 45001:2018, clauses 9.1 et 9.3 ; Assurance Maladie – Risques professionnels, rapport annuel 2024 (publié en novembre 2025) ; INRS, statistiques nationales AT-MP.